C’était un matin d’automne, il faisait froid, Prune était pieds nus dans l’herbe à l’abri des regards
dans son jardin. Son for intérieur lui murmura : « Si j’arrive pas à sauter trois fois par dessus le
parterre de primevères, ce sera cuit pour ma rencard du midi. »
Alors elle décida de se rechausser et
d’aller manger une petite goutte de moutarde pour se sentir vivante (elle adorait prendre le pot de
moutarde et glisser ses doigts dedans pour les lécher goulûment par la suite) !
Les carreaux de sa
cuisine, motif petit canard et scène de chasse, lui arrachèrent un soupir de désespoir. Elle allait
s’asseoir et finir le pot de moutarde lorsqu’un « Bon s’agit pas de procrastiner sur ce coup-là ! » la
secoua. Elle retroussa les manches de sa mini-veste et se jeta à corps perdu vers le dehors,
fredonnant « Eh Gus, tu connais Parker, j’le connais par cÅ“ur ».
Elle se décida enfin à aller à son
rendez vous. Doucement elle allait à la rencontre d’un homme qu’elle avait rencontré sur Mistic, le
site de rencontre des gens pas ordinaires. Ce mec la lui avait dès son premier message envoyé un
poème sur les chats attrofiés, elle avait fondu en larmes et toute suite s’était dit qu’il fallait
organiser une rencontre avec cet homme fragile. Elle kiffait découvrir régulièrement des hommes,
mais n’arrivait jamais à faire de choix, alors elle passait son temps à se reconnecter sur son
ordinateur et changer son profil, se disant qu’elle attirerait des hommes différents. Et avec son
grand optimisme elle se disait qu’un jour elle trouverait un charmant p'tit mec qui partagerait sa
passion pour la moutarde.
Le tramway arriva à temps, pas la peine de presser le pas et ça c’était une sacré chance : Prune
pourrait rester en talons aiguille, faire une entrée classe et détendue. Oui, cette décontraction ferait la
différence. Ce mec la s’agissait pas de l’effrayer.
Station Austerlitz, Prune appuya de toutes ses
forces sur le bouton « arrêt demandé » , le zen : le nerf de ma bataille ! Elle passa sa main dans ses
cheveux, vérifiant leur douceur et sentit une mèche, s’assurant que le parfum choisi pour l’occasion
ferait mouche. L’odeur de la verveine, celle de la mirabelle, ses préférées. Elle misait souvent sur un
look apprêté et mettait une tonne de produits pour être sûre de ne pas sentir mauvais.
Elle rêvait de
ce Basile, un Basile chevelu, un Basile émotif, un Basile farfelu, oui elle adorait les gens qui
dénotait. Elle avait ce brin de folie qui la faisait choisir des mecs hors du commun. Mais
malheureusement y avait toujours un truc qui clochait. Deux semaines auparavant, elle avait
rencontré un nommé Romain. Tout c’était bien passé jusqu’au dernier moment où monsieur lui avait
dit qu’il prénommerait bien ses enfants Marthe et Germain. La mère de Prune se nommait ainsi, elle
avait tout de suite vu le sourire coincé de sa mère, son air moqueur qui l’appelait « ma petite rose ».
Cette vision provoqua chez elle un éternuement violent.
Basile l’attendait. Debout, sa veste en jean posé négligemment sur une épaule, son regard rêveur
perdu au loin, ses lèvres formant un O parfait en laissant s’échapper des veloutes de fumées bleues.
Un charme fou qui laissa Prune sans voix. Comment aborder cet être magnifique ? Une pluie fine se
mit à tomber. Il se pencha sur sa montre, se retourna. De dos, il crevait littéralement le mystère. Elle
s’approcha, elle pouvait sentir les vibrations de leur futur battre à l’unisson. Prune pris une longue
inspiration, fit une petite moue étudiée en soulevant sa chevelure , sa voix claire résonna :
« Basile ? ». Il sursauta, sa veste tomba à ses pieds dans une flaque. Il dégagea brusquement sa
main. L’idylle promise se déchira sous cette vision d’horreur qui n’avait pas échappée à Prune : oui,
cet apollon avec qui elle convolait déjà , avait dégager non sa main mais son doigt. Son doigt avec
qui il crottait son nez. Le néant. Le nez en gants blancs. Éternuement...
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